Le préfixe 0031 est l’indicatif téléphonique international des Pays-Bas, attribué par l’UIT dans le plan de numérotation E.164. Quand ce numéro s’affiche sur votre écran, l’appel provient en théorie du réseau néerlandais. En pratique, la réalité est bien plus trouble, et ce préfixe est devenu l’un des vecteurs privilégiés d’usurpation de numéro en France.
Usurpation du +31 : pourquoi cet indicatif néerlandais est exploité par les fraudeurs
L’indicatif +31 (ou 0031 au format international classique) n’a rien d’exotique pour les réseaux européens. Les appels intra-UE transitent sans restriction particulière, ce qui rend la détection d’un spoofing plus complexe qu’avec un indicatif africain ou asiatique.
Le mécanisme repose sur des logiciels de VoIP qui réécrivent le champ « calling party number » du protocole SIP. L’appelant réel peut se trouver n’importe où dans le monde. Il injecte un numéro néerlandais en façade, et le réseau de l’opérateur destinataire affiche ce numéro sans vérification d’authenticité.
Nous observons que les indicatifs européens inspirent davantage confiance aux destinataires français qu’un préfixe lointain. Le +31 bénéficie en plus d’une relative méconnaissance : beaucoup de personnes ne savent pas à quel pays il correspond, ce qui réduit la méfiance immédiate.

Signalements d’usurpation auprès de l’ARCEP : une explosion structurelle
Les chiffres publiés par l’ARCEP illustrent l’ampleur du phénomène. Les signalements d’usurpation de numéro sont passés de 531 dossiers en 2023 à plus de 19 000 en 2025, soit une multiplication par plus de 30 en deux ans. L’usurpation est devenue le premier motif de plainte devant le régulateur, devant les litiges liés à la fibre.
Cette tendance ne concerne pas uniquement le +31. Les indicatifs +44 (Royaume-Uni) et +32 (Belgique) sont aussi exploités. Le point commun : des pays frontaliers ou proches dont les préfixes ne déclenchent pas de blocage automatique chez la plupart des opérateurs français.
Spoofing téléphonique et protocole STIR/SHAKEN
Le spoofing repose sur l’absence de mécanisme d’authentification dans les réseaux téléphoniques traditionnels. Le protocole STIR/SHAKEN, déployé aux États-Unis et au Canada, permet de certifier cryptographiquement l’identité de l’appelant. En Europe, son adoption reste fragmentaire.
Sans cette couche d’authentification, rien n’empêche techniquement un serveur VoIP d’afficher n’importe quel numéro sur l’écran du destinataire. L’indicatif 0031 que vous voyez ne garantit donc ni la localisation ni l’identité de l’appelant.
Préfixes obligatoires pour les centres d’appels et report vers les indicatifs étrangers
Depuis le 1er janvier 2026, les règles d’affichage des numéros de téléphone en France ont évolué. Les plateformes de démarchage doivent utiliser des préfixes identifiables, ce qui facilite le filtrage par les utilisateurs et les opérateurs.
Cette contrainte a produit un effet de bord prévisible. Les centres d’appels qui ne veulent pas se conformer au cadre français basculent sur des numéros étrangers. Le +31 fait partie des indicatifs de substitution les plus utilisés, précisément parce qu’il échappe aux règles de filtrage nationales.
- Les numéros en 09 sont désormais réservés aux appels commerciaux légitimes, ce qui les rend identifiables mais aussi moins efficaces pour les démarcheurs agressifs.
- Les préfixes 06 et 07, longtemps usurpés pour simuler un appel personnel, font l’objet d’une surveillance renforcée par les opérateurs.
- Les indicatifs internationaux comme le +31, le +44 ou le +32 restent dans un angle mort réglementaire, car leur filtrage relève de la coopération interopérateurs à l’échelle européenne.
Ce que change la loi du 11 août 2026 sur le démarchage
Depuis le 11 août 2026, le démarchage téléphonique commercial est interdit par principe en France, sauf consentement explicite préalable du consommateur ou appel lié à l’exécution d’un contrat existant. Ce régime de consentement préalable remplace l’ancien système d’opposition (Bloctel).
Cette interdiction concerne les numéros français. Pour les appels entrants depuis un indicatif étranger comme le 0031, la régulation reste plus difficile à appliquer. Les opérateurs ont toutefois l’obligation de renforcer leurs dispositifs de détection des appels frauduleux, y compris ceux transitant par des interconnexions internationales.

Appel légitime ou arnaque en +31 : critères de tri rapide
Tous les appels en 0031 ne sont pas frauduleux. Si vous avez un contact professionnel ou personnel aux Pays-Bas, ce préfixe est parfaitement normal. Le problème se pose quand l’appel est non sollicité.
- Un appel légitime depuis les Pays-Bas affiche généralement un numéro complet et stable (indicatif +31 suivi de 9 chiffres). Un numéro tronqué ou changeant à chaque tentative est un signal d’alerte.
- Les arnaques au +31 suivent un schéma récurrent : appel bref (une ou deux sonneries), puis incitation à rappeler un numéro surtaxé ou à cliquer sur un lien envoyé par SMS dans la foulée.
- Ne rappelez jamais un numéro inconnu en +31 sans vérification. Utilisez un annuaire inversé néerlandais ou recherchez le numéro complet dans un moteur de recherche avant tout rappel.
- Signalez le numéro au 33700 (plateforme de signalement des spams vocaux et SMS) pour alimenter les bases de filtrage des opérateurs.
Le 0031 affiché sur votre écran est avant tout un indicatif géographique détourné par des techniques de spoofing accessibles à moindre coût. Tant que l’authentification des appels ne sera pas généralisée en Europe, l’indicatif seul ne permet pas de confirmer l’origine réelle d’un appel. La prudence reste la seule défense fiable face à un numéro néerlandais non sollicité.

